dimanche, mai 03, 2026

Extraits de Le Chant de la rivière, de Wendy Delorme

En réalité, je voudrais dire l'amour comme posture radicale en période de crise, globale, planétaire. L'amour comme bouclier, l'amour comme espérance, comme force de révolte. L'amour qui s'élèverait comme un grand cri de joie, de résistance aussi. Je ne peux pas faire semblant. Il me faut laisser choir le masque citadin, l'approche intellectuelle et même l'esprit critique un peu désabusé qui prévaut aujourd'hui, né de ce sentiment d'impuissance totale devant l'état du monde.


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J'ai envie, j'ai besoin de plonger dans quelque chose de trouble, poétique, secret ou souterrain comme une source cachée, pareil à cette eau vive, torrent ou rivière que j'entends, là, tout près, à l'orée de la forêt, sans pouvoir la trouver. Quelque chose qui ferait venir à moi la phrase initiale, celle par laquelle tout commence, celle qui contient en germe le récit à venir. Lorsque je trouverai l'origine des flots que j'entends s'écouler, j'y briserai l'histoire que je dois écrire, pour laquelle je suis ici. Je me laisserai avaler, glisser sous la surface, comme on se laisse aller au fil du courant, en se laissant porter. J'aime cette apesanteur. Il me faut accepter de descendre en moi-même, pour entendre l'écho qui résiste aux années et dessiner en moins la sensation si vive, intact et renversante, surgissant en même temps que résonne le nom, la voix de l'être aimé.


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Vois que j'ai un cœur de gosse, et ne joue pas avec car il ne tiendra pas. C'est un organe fragile, même si ça ne se voit pas. Je le pensais résistant, élastique, résilient comme ces balles à pétrir qui reprennent toujours forme même quand on les écrase les torts en tous sens. J'ai eu pour habitude de le lancer souvent, comme on jette un ballon dans une cour de récré, pensant qu'il serait chaque fois rattrapé en plein vol. Chaque fois que j'ai dû le remettre en place dans ma poitrine, qu'il a fallu rouvrir d'un grand coup de canif, avant de plaquer les chair de la paume de ma main pour refermer le tout, en aspergeant la plaie de gel désinfectant, puis suturer à vif entre les chéloïdes. Une vraie boucherie répétée maintes fois. Ça laisse des cicatrices.

Extraits de Le Chant de la rivière, de Wendy Delorme

En réalité, je voudrais dire l'amour comme posture radicale en période de crise, globale, planétaire. L'amour comme bouclier, l'...